Le retour des sciences-économiques de la dépression

Le retour des sciences-économiques de la dépression

Le retour des sciences-économiques de la dépression

Je viens d'écouter un livre passionnant : The Return of Depression Economics and the Crisis of 2008 ou, en Français, le retour des sciences-économiques de la dépression et la crise de 2008 (écouter parce que j'ai retenu l'audiobook).

L'auteur, Paul Krugman, a gagné le Nobel pour son travail sur les dépressions économiques au Japon, en Asie et sur le continent Sud-Américain. Il a tout à la fois la crédibilité et un sens de la pédagogie remarquable. Pas de jargon dans ce livre (comme le dit Paul Krugman, le sujet est trop important pour le noyer sous le jargon des économistes) mais un texte clair et des explications compréhensibles par tous.

Comme nombre de gens, je m'interroge sur la crise économique actuelle. J'ai bien compris qu'elle trouvait son origine dans une crise du crédit mais... les gouvernements nous assurent avoir soutenus les banques. Or la crise continue, pourquoi ? Oh, je suis d'un naturel méfiant donc je n'ai jamais cru une minute aux promesses des banques centrales de pouvoir réguler l'économie donc, sur le fond, la crise ne m'étonne pas.

Mais les explications données en TV, radio ou dans la presse sont... au mieux incomplètes. Soit je les trouve incohérentes. Par exemple quand on nous explique que les banques centrales ont rouvert le crédit, et d'autre part on constate que le crédit se réduit. Autre exemple, d'une part on nous annonce que Lehman Brothers était une banque d'affaire pour quelques privilégiés, et d'autre part sa faillite a entraîné le monde entier dans la crise. Soit je les trouve teintées d'idéologisme et risibles.

Paul Krugman répond à toutes ces questions. Avec des termes simples et une grande clarté, il explique la crise. Il explique également qu'elle n'est pas nouvelle, sur la forme elle ressemble à la grande crise de 1929, avec une ruée bancaire. Sur le fond, elle n'est que la répétition d'une série de crises qui ont touché tous les continents, sauf l'Europe et l'Amérique du Nord, ces 20 dernières années. Ce qui avait amené certains économistes à tirer la sonnette d'alarme mais on ne les a pas écouté, bien entendu.

Que s'est-il passé ? Vous lirez le livre pour les détails mais, en gros, nous avons vécu une ruée bancaire (les déposants vident la banque de ses liquidités -- rappelons-nous les queues devant les banques dans les années 30s --... ce qui mécaniquement supprime toute possibilité de crédit). Mais, allez-vous me dire, les banques sont garanties par l'état et je n'ai pas vu de ruée dans les rues, alors que s'est-il passé ?

Selon Paul Krugman, un système bancaire parallèle s'est développé ces dernières années et c'est ce système parallèle qui a été victime d'une ruée bancaire. Comme il n'était ni réglementé, ni garanti, il offrait des conditions plus attractives (des rendements supérieurs pour les épargnants et des taux d'intérêts plus bas pour les emprunteurs). Le système bancaire parallèle était tellement populaire que sa taille rivalisait avec le système bancaire traditionnel.

Et donc la ruée sur le système bancaire parallèle a éliminé une très grosse partie du crédit dont nous dépendions au quotidien avec un impact sur l'économie réelle.

C'est d'ailleurs ce qui explique la difficulté à relancer le crédit : les outils de régulation ne visent que le système bancaire classique et celui-ci ne peut pas doubler de taille (pour compenser la disparition du système parallèle) en une nuit.

Au passage, c'est la conclusion principale que je tire du livre. Nous nous sommes laissés aveugler par l'idéologie : nous nous étions tellement répétés que les Hedge Funds et autres instruments alternatifs étaient au service de spéculateurs que nous n'avons pas réalisé à quel point ces instruments s'étaient répandus dans l'économie... ni à quel point nous en étions devenus dépendants. En d'autres termes, nous ne nous sommes pas demandés qui étaient ces fameux spéculateurs. Or il s'avère qu'ils sont beaucoup plus proches de nous que l'idéologie suggère. Parce que, après tout, qui cherche à payer plus d'intérêts ? Qui ne veut pas que son épargne lui rapporte ? Il y aurait donc une morale à la crise... et elle est moins jolie qu'on ne pourrait le croire.

Impossible, bien entendu, de résumer un livre aussi complet en quelques phrases. Paul Krugman explique plusieurs mécanismes qui ont contribué à renforcer la crise, il propose également des pistes de solution à court et à long terme, par exemple. Bref si, comme moi, malgré les innombrables articles qui remâchent le même texte, vous n'êtes pas satisfaits des réponses parues dans la presse, je vous conseille la lecture de ce livre au sujet austère mais rendu passionnant par notre quotidien.

Par Benoît Marchal, le Mardi 31 Mars 2009
Dans : Vu, lu, entendu | Livre

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