Retour à l’argentique : effet de mode ou démarche photographique ?

Disponible sur l'AppStore

Retour à l’argentique : effet de mode ou démarche photographique ?

Page 1 sur les 2 pages de cette note  1 2 > 

Retour à l’argentique : effet de mode ou démarche photographique ?

Miss Valmente s'interroge sur ce mouvement de plus en plus populaire.

J'observe depuis environ deux ou trois ans de plus en plus de membres de forums, de réseaux sociaux ainsi que chez des amis une affection (re)naissante ou grandissante pour la photo argentique. Effet de mode ? Tendance ? Snobisme ? Nostalgie ? Volonté de progresser autrement ?

En ce qui me concerne, depuis que je suis passée au numérique au début de 2003, je ne m'imagine pas revenir vers l'argentique : je pense avoir énormément progressé et j'ai surtout retrouvé beaucoup de plaisir à photographier à l'envi, sans contraintes.

Toutefois il m'a semblé important d'avoir le point de vue de personnes qui se sont lancées à pratiquer (de nouveau) la photo argentique. Pour mieux comprendre cette démarche, j'ai contacté 4 photographes qui ont franchi le pas et que je côtoie sur Twitter.

@critidos que vous pouvez retrouver sur Twitter (en attendant qu'il réouvre son blog

Depuis quand t'es-tu mis ou remis à l'argentique ?

J'ai eu des compacts argentiques quand j'étais petit… mais ils n'ont jamais été utilisés qu'une fois et les photos qui en sont sorties relevaient plus de l'art abstrait que de photos à proprement parler. Bref des pellicules gâchées.

Du coup, je dirais que je m'y suis mis il y a environ deux semaines !

Que t'apporte l'argentique par rapport au numérique ?

Ma réponse est double : d'abord du bricolage car j'ai deux appareils télémétriques dont je vais en faire un seul… (l'un est possédé pour pièces — pas réussi à le réparer :/ — et l'autre a un souci de bouton de déclenchement bloqué).

Ensuite, ça m'apporte de l'hésitation. Un collègue m'a prêté son ancien réflex argentique (en attendant que je résolve le problème de mon télémétrique), et j'avoue qu'avant de prendre certaines photos, je fais parfois des mesures avec le numérique d'abord… Je prends les photos au compte-gouttes, mais j'y trouve mon compte comme ça pour le moment.

Je m'y suis mis par curiosité… mais ça fait plus sérieux de dire qu'on veut améliorer ses photos ! :-D Plus sérieusement, j'espère aussi que la pratique de l'argentique va me rendre plus sûr de moi quant aux photos que je prends avec mon reflex numérique. Lors d'une sortie photo avec mon photoclub, j'ai vu des anciens qui aiment encore travailler avec de l'argentique faire leurs réglages, regarder la scène, prendre leur photo, et se dire à haute voix : "elle est bonne." J'ai voulu prendre la même photo mais le numérique fait prendre de mauvaises habitudes. Par exemple, ne pas vérifier le réglage de son appareil avant de shooter. C'est sans doute un manque de rigueur de ma part, mais je sais qu'en numérique, ça peut au pire me coûter une photo (selon la photo, ça peut être dommage !), mais en argentique, ça coûte une pose. C'est une autre manière de compter : les erreurs coûtent plus cher. Autre mauvaise habitude classique : regarder sa photo sur l'écran de l'appareil, on peut rater des choses en regardant son écran plutôt que son monde.

J'ai la chance d'avoir dans mon photoclub de très bons, vieux et passionnés photographes. Certains ne comprennent pas le numérique. Certains ont essayé le numérique et sont revenus à l'argentique. Certains travaillent bien avec les deux. Le fait de m'intéresser à l'argentique permet de mieux comprendre à la fois certaines conversations, de mieux les comprendre eux aussi, et le sérieux avec lequel ils abordent la photo. En numérique, il est facile de déclencher en dilettante.

Un apport plus émotionnel : le bruit de la pellicule qui avance d'un cran pour la pose suivante, ça a son charme ! smile

Cette démarche a-t-elle répondu à tes attentes ?

Les inconvénients je ne les ai pas encore tous vécus mais je sais que le temps de développement du film n'aura rien à voir avec une durée de post-traitement sous lightroom !

Autres inconvénients : le coût, le fait de ne pas voir sa photo tout de suite et être dans le doute jusqu'au développement…

Pour les difficultés de développement, j'ai des connaissances qui m'apprendront volontiers au photoclub (ainsi qu'une bonne base d'informations :D )

Avantages : Tout ce que ça m'apporte smile

Vas-tu poursuivre ?

Sans hésiter: oui.

Même si de par mes multiples centres d'intérêt, je suis lent pour le développement de mes photos (qu'elles soient numériques ou argentiques d'ailleurs), je ne lâcherai pas et continuerai d'aller à mon rythme : l'essentiel étant le plaisir que JE ressens dans cette pratique smile

J'ai vu des photos développées de négatifs qui avaient vieilli comme un bon vin : la qualité ne s'était pas vraiment dégradée mais l'image s'était comme adoucie. Le résultat sur papier était vraiment particulier (j'admet que le tirage compte aussi mais je crois son auteur sur parole quant au vieillissement du négatif). On aurait sûrement pu obtenir le même aspect en numérique mais je trouve jolie, l'idée qu'un négatif "vive" !

Et mon objectif final est de faire du Moyen format 6*6, donc pour m'y tenir, je ne suis pas prêt d'arrêter smile

Quant à le recommander… si une personne est intéressée par ça, juste un peu curieuse, oui, je recommande sans hésiter.

Je respecte aussi le choix de tous ceux qui préfèrent se contenter du confort apporté par le numérique. Mais je les plains aussi. Plutôt que de se contenter d'astiquer leur gros jouet blindé d'électronique, ça ne ferait certainement pas de mal à certains de faire une petite marche arrière. L'argentique, c'est un peu comme le coït : on pourra toujours décrire à un puceau ce que c'est de faire l'amour, mais tant qu'il n'aura pas essayé, il ne saura jamais ce que c'est. C'est pareil pour le photographe et la photo argentique. Et franchement, ça vaut le coup d'essayer… smile

@twirlan que vous pouvez retrouver sur Flickr.

Depuis quand t'es-tu mis ou remis à l'argentique ?

Etant trentenaire je suis de cette génération qui a naturellement commencé la photo avec des supports films argentiques, non pas par choix esthétique mais simplement parce que à l'époque les appareils numériques n'étaient pas encore sortis des labos ! Je me suis remis à l'argentique il y a un peu plus d'un an, et tout en continuant à photographier avec des appareils numériques, j'ai acquis un boîtier argentique avec mise au point manuelle, un Nikon FM, qui malheureusement a des problèmes d'obturateur non résolus. Pour ne pas renoncer, je me suis acheté il y a quelques semaines un F100, boîtier également argentique, mais plus moderne, et par ailleurs révisé et garanti ! Prise de vue argentique n'est pas nécessairement synonyme de mise au point manuelle et de cellule externe. Ma reprise de l'argentique est donc relativement récente.

Que t'apporte l'argentique par rapport au numérique ?

Le déclencheur — si j'ose dire — de mon retour à l'argentique a été la découverte de la fameuse valise mexicaine de Robert Capa, la conscience de ces films restés intacts dans une valise pendant soixante-dix ans ! Le support film argentique m'est apparu beaucoup plus pérenne que les Go accumulés sur un disque dur, et dont on ne jurerait pas que les systèmes d'exploitation pourront les lire à l'horizon ne serait-ce que de dix ans. Donc l'argentique m'apporte d'abord une pérennité du support, physique, chimique, palpable, rassurante.

Ensuite le support argentique m'oblige à une démarche de prise de vue différente, marquée par une anticipation plus importante et par une réflexion avant chaque déclenchement : le choix du film (sensibilité, couleur ou N&B, rendu,…) conditionnera au moins les 24 ou 36 poses suivantes, ce qui suppose donc de réfléchir un peu en amont au type d'images que l'on voudra faire et de s'y tenir pour la durée du rouleau ! Moi qui ai toujours eu beaucoup d'admiration pour les photographes capables de tenir des séries suivies sur des années, je trouve séduisante cette contrainte technique du film qui oblige à une certaine unité sur 24 ou 36 poses. Par ailleurs, chaque déclenchement a un coût ce qui oblige à se demander avant chaque déclenchement si la photo vaudra la peine, à recontrôler ses paramètres essentiels de prise de vue, reconsidérer son cadrage etc… La nécessaire économie de film oblige à une savoureuse  retenue dans le déclenchement ! Shooter moins pour shooter mieux. Dans un même ordre d'idée, l'inévitable attente entre le déclenchement et la visualisation du résultat (après développement et éventuel tirage) loin d'être frustrante me parait au contraire très excitante ! Le plaisir de découvrir son image me parait accentué par cette attente du résultat. En définitive je dirais que l'argentique m'apporte une approche de la photographie bien différente, peut-être plus raisonnée, marquée par la retenue, la patience.

Bien entendu il ne s'agit pas d'opposer les technologies, et l'utilisation du support numérique n'oblige en rien à travailler en mode rafale, en tout auto, ou d'être dans une instantanéité déclencher/partager ou déclencher/poubelliser ! Mais il me semble tout de même que le film argentique implique une approche différente, et qui me correspond mieux. En dehors de cette pérennité des supports, et d'un rapport à l'acte photographique et au temps que j'apprécie, j'ajouterai avec gourmandise que le choix de l'argentique permet d'accéder pour des prix souvent dérisoires à des équipements inaccessibles à l'amateur dans leur équivalent numérique (boîtiers reflex professionnels, surfaces films beaucoup plus grandes, etc…). J'ajouterai enfin, et peut-être aurais-je dû commencer par là, que je trouve très beau le rendu des films argentiques, mais c'est bien sûr très subjectif…

Cette démarche a-t-elle répondu à tes attentes ?

Je dirais que ce retour à l'argentique m'apporte pleine satisfaction, en complément du numérique, les deux pratiques étant complémentaires pour moi. Utiliser l'argentique pour les photos importantes à mes yeux, tout en conservant la liberté et la facilité du numérique pour le tout venant, me parait un bon équilibre. Etant simple amateur, très dilettante dans ma démarche, je peux m'offrir ces luxes d'ajouter des contraintes à la prise de vue et de prendre mon temps. Je n'ai aucune obligation de résultat ni aucun client pressé à satisfaire smile Pour moi seul compte le plaisir que me procure ma pratique, et qu'importe au fond si je ne peux faire telle photo parce que la pellicule chargée ou l'objectif monté ne sont pas adaptés ? Tout est donc fonction des pratiques et des finalités, pour certains ces contraintes imposées par le support film sont un vrai inconvénient, pour ma modeste pratique de photographe dilettante ces mêmes contraintes sont au contraire stimulantes !

Vas-tu poursuivre ?

Oui bien sûr, je vais poursuivre ! J'aimerais d'ailleurs me donner le temps et les moyens d'apprendre à développer moi-même les films, ce que je ne fais pour l'instant pas. Je trouve dommage de m'arrêter à la prise de vue (puis de confier mes films au labo pour développement) d'autant que le développement et éventuellement le tirage sont vraiment partie intégrante de la pratique argentique. Bien entendu je conseillerais aux autres photographes de tenter l'expérience, même si pour les grands débutants le numérique est certainement plus adapté (en ce qu'il est formateur de voir instantanément le résultat de ses photos pour comprendre pourquoi elles sont ratées !).

Page 1 sur les 2 pages de cette note  1 2 > 

Par MissValmente, le Mardi 13 Décembre 2011
Dans : La photo | Le marché | Technique

Votre actualité sur Déclencheur

Déclencheur partenaire de “La Photographie”
Déclencheur est maintenant partenaire de "La Photographie" sur Facebook. Le lieu de partage de photo convivial sur Facebook.

Nouvelle boutique plus conviviale
Achetez une émission, pendant un mois, elle sera déduite si vous passez à une adhésion trimestrielle ou annuelle. Essayez Déclencheur Gold !

Déclencheur Gold à moins de 5 euros/mois
Plus de trois fois plus de temps d'antenne, uniquement pour les membres Déclencheur Gold. Pourquoi s'en priver ?

Ouai... en gros, les gens n'arrivent pas à se discipliner, à réfléchir par eux-même leurs photos et ont ainsi besoin d'une limitation technologique pour s'obliger à penser.

Quelle maturité dans la démarche photographique !!
Par Flesh le Jeudi 15 Décembre 2011 at 11:47 MATIN
@flesh: C'est une raison parmi d'autres.
En ce qui concerne la maturité... j'espère rester immature toute ma vie.

Question de choix personnels... tant que je ne dérangerai pas ceux qui se croiront supérieurs à moi, on pourra tous vivre en paix et pratiquer la photo comme on l'entend wink
Par Critidos le Jeudi 15 Décembre 2011 at 11:31 APRES MIDI
Le développement argentique reste magique et mystérieux, j'ai beau étudier les phénomènes chimiques de transformations des sels d'argent à la lumière, je suis toujours émerveillé...
Par contre un appareil numérique me semble rien cacher de son fonctionnement, c'est vrai que j'ai fait des études en électronique...

Dans un monde ou tout va toujours plus vite, en argentique, la patience s'impose, cela donne matière à penser...

Quand j'ai montré mon premier appareil photo numérique à un ami de la vieille école, il m'a dit : tu ne fais pas des photos avec ce boitier, tu ne fais que des images...

Il y a aussi l'appareil argentique en lui-même qui est un objet de mécanique pur et dur, d'une réelle beauté, sans parler de sa longévité (j'ai récupéré une chambre photographique des années 1960 qui fonctionne toujours), contrairement au numérique qui est obsolète au bout d'environ 1 à 2 ans.

En ce moment, j'utilise les deux techniques, à chacun de trouver sa voie...
Par Christophe Dumortier le Jeudi 29 Décembre 2011 at 06:52 APRES MIDI
pour ma part, je me suis remis au Polaroid. non pas par nostalgie, non pas par snobisme, non pas par rien. juste parce que j'avais envie d'avoir des images que je regarde comme je lis un livre, mais immédiatement. Et je confirme : je viens de perdre 4 disques durs contenant des centaines des photos, juste "comme ca", les disques n'ont jamais été trop bougés, et hop plus rien. Bah avec un pola, dans un joli bouquin, aucun souci (sauf incendie, mais dans ce cas la, un disque dur n'est guère mieux niveau sécurité).

Peut etre qu'on en a marre d'avoir des images "trop propres" - en tout cas, moi le coté HDR quasi permanent, les dynamiques qui depassent celles de l'oeil humain, c'est rigolo 5mn, mais bon.
Par Rod le Jeudi 15 Mars 2012 at 04:16 APRES MIDI
@Rod Ce que l'on reproche le plus souvent au numérique c'est justement de ne pas avoir la même dynamique que l'argentique !

J'ai un numérique mais j'ai voulu tenter "l'aventure" argentique avec un vieux télémétrique (Yashica electro 35) et c'est vrai que ça a du charme et on réfléchit plus à ce qu'on fait.

Je pense combiner les deux encore quelques temps...
Par Mickael le Vendredi 16 Mars 2012 at 09:59 MATIN
Page 1 sur les 2 pages de commentaires 1 2 > 
Les commentaires ne sont pas disponibles pour cet article.