
Le Lumix GF1 de Panasonic est un condensé de plaisirs photographiques. C'est, à ma connaissance, le premier boîtier réellement ambitieux basé sur une visée LiveView, c'est-à-dire une visée purement électronique. Si on se conformait à une vision traditionnelle du marché il trouverait donc sa place entre les compacts experts (tel que le Canon G11) et les reflex grand public/expert (tel que les Nikon D60 ou D90 ou les Canon EOS 500D au 7D), à la manière du G1 du même Panasonic, mais si vous êtes tentés par un achat je crois que ce serait vous rendre un grand dé-service que de l'analyser dans ces termes.
Le Lumix GF1 est suffisamment différent pour mériter une catégorie hors de la stricte hiérarchie traditionnelle. Dans une note précédente je parlais du premier reflex du XXIème siècle. Depuis j'en ai acheté un (blanc, en kit avec l'objectif pancake 20mm f/1.7) et je crois que je ne m'étais pas trompé sur le côté résolument novateur du boîtier. Avec tous les avantages et les inconvénients que cela implique (mise à jour à écouter : Le Lumix GF1 sur le terrain).
Je dois préciser qu'il est trop tôt pour faire un compte-rendu détaillé du GF1. Je ne l'utilise que depuis une semaine et le boîtier est trop ambitieux pour pouvoir se contenter d'une période d'utilisation aussi courte. Mais depuis que j'ai relevé mon achat sur Facebook, Twitter et Flickr, je reçois des questions d'acheteurs potentiels... On m'a aussi beaucoup parlé du Père Noël ce qui montre l'intérêt que suscite le format Micro 4/3. Bref je crois qu'il est utile de publier rapidement un avis, même s'il est encore bien incomplet (mise à jour : premières impressions, test du kit GF1 et 14-45mm, du kit GF1 et 20mm pancake et du Leica 45mm macro).
Globalement, à l'usage, le GF1 colle assez bien à l'image que je m'en étais faite lors de cette première prise en main (en d'autres termes, ça vaut la peine de la relire). Le GF1 est aussi nerveux qu'un reflex de prix équivalent (pour éviter toute ambiguïté, ce n'est pas un modèle pro), l'ergonomie est bien conçue et limite le recours au menu sauf, hélas, pour le travail au flash. Le tout tient dans un format compact qui rentre dans une poche.
L'objectif pancake 20mm f/1.7 est un pur bonheur. Il est petit, lumineux, piqué et le bokeh est assez flatteur. Comme le GF1 utilise un capteur Micro 4/3 (un peu plus petit que l'APS-C), la grande ouverture permet de contrôler finement la profondeur de champ. Bien entendu c'est une focale fixe mais sur un boîtier à objectif interchangeable, ce n'est pas rédhibitoire.
A ce propos, 20mm n'est pas une focale courante mais c'est la focale normale du format (longueur focale égale à la diagonale du capteur). Le pancake est donc parfait pour une photo typée reportage décontracté. Et, de fait, avec ce boîtier on a tout le temps envie de faire des photos.
Autre caractéristique importante du Lumix GF1, la visée LiveView. La visée se fait exclusivement par l'écran arrière, le GF1 étant livré sans viseur et c'est une bénédiction. Je reviendrai sur la visée LiveView dans quelques notes parce qu'il y a beaucoup à écrire sur le sujet mais c'était pour moi un élément de choix important puisque cela assure un boîtier compact et pratique d'utilisation. Bien entendu la visée LiveView n'est pas adaptée à tous les sujets, il y a aussi une question de goût et, sans doute, selon le désir ou le refus d'apprendre de nouveaux gestes de visée mais si vous écoutez Déclencheur depuis quelques temps, vous savez que je suis conquis et le GF1 apporte tous les raffinements attendus.
S'il tient ses promesses pour les qualités, le Lumix GF1 n'oublie hélas pas les défauts attendus. En particulier la gamme d'accessoires et d'optiques est franchement réduite. Et pour ne rien arranger, tous les objectifs annoncés ne sont pas encore disponibles à la vente. Je suis ainsi bien en peine de compléter mon 20mm pancake d'un "objectif à portrait." Le 45mm macro peut être une solution mais il n'est pas encore disponible et les premiers essais sont partagés sur une ouverture maximale limitée à f/2.8, tenu compte de la taille du capteur. Et il n'y a pas vraiment d'alternative dans la gamme, encore moins chez les opticiens tiers.
De même la gamme de flash est tout simplement risible. D'abord le Lumix GF1 ne supporte pas les flash déportés sans fil (au XXIè siècle !) mais également nombre d'accessoires utiles sont soit absents du catalogue soit vendus à des tarifs qui frisent le vol à facture armée (je pense, par exemple, au câble TTL). Enfin, parce que les optiques sont minuscules, ce qui est à priori une bonne chose, il est difficile de trouver des filtres dans les formats adaptés.
Bref, si le boîtier seul a intrinsèquement le potentiel pour rivaliser en qualité avec un reflex amateur (et même le battre si vous aimez la visée LiveView), aujourd'hui il frustrera l'acheteur expert qui cherche un vrai système. Panasonic y travaille, bien sûr et tout en rongeant votre frein, vous pourrez vous tourner vers les bagues adaptatrices. Comme le GF1 n'a pas de miroir le tirage mécanique de ses optiques est très réduit. Il est donc possible d'adapter presque toutes les optiques du marché sur le GF1 avec une simple bague qui allonge l'objectif. Le boîtier offre même un mode mise au point manuelle bien conçu pour cela.
Bref, si vous êtes bricoleur, vous pourrez vous amuser avec vos anciennes optiques Canon ou Nikon (je n'ai pas encore eu l'occasion d'essayer mais il semble que les optiques Nikkor G semblent au moins partiellement incompatibles pour le moment). Vous pourrez également parcourir eBay à la recherche de vieilles optiques de qualité sur des systèmes aujourd'hui retirés du marché. Il y a des trésors à vendre pour une bouchée de pain. Bien entendu, outre le côté bricolage et la perte de certains automatismes, vous perdez aussi la compacité. Néanmoins je suis certain que ces bagues amuseront pas mal de photographes amateurs.
Je ne serais pas complet si je ne mettais pas en exergue le principal défaut technique de ce boîtier : comme beaucoup de reflex, le format RAW utilisé est spécifique à Panasonic et, surtout, n'est pas public. C'est inacceptable pour un boîtier grand public. Le RAW s'impose (enfin) comme un format de conservation qui permet, entre autres, de re-développer les images pour profiter des progrès logiciels. Or il est une règle universelle en informatique : il est essentiel d'archiver des formats dont les spécifications sont publiques.
On peut encore accepter que certaines catégories de professionnels n'ont pas ce besoin d'archiver leurs travaux aussi, avec beaucoup de mauvaise foi, on peut donc défendre les formats propriétaires sur un reflex pro. Par contre le grand public, la cible annoncée de la gamme Lumix, conserve ses images. Il n'est pas rare qu'une famille replonge dans des photos ayant 40 ans et plus. Le format propriétaire est donc en porte-à-faux avec un besoin essentiel du marché ciblé.
Presque toutes les marques photo utilisent un format propriétaire et on achète quand même leurs boîtiers. Difficile donc de déconseiller le Lumix GF1 sur base de ce seul critère mais, ne soyons pas hypocrites, c'est un vrai problème et sans l'ombre d'un doute le premier que je veux voir corriger par Panasonic. Ce d'autant qu'il leur suffit de rendre public les spécifications du format de fichier utilisé.
Ce qui m'amène à parler de la qualité d'image, elle est tout à fait satisfaisante dans mes premiers essais (exclusivement en RAW développé sous Lightroom). Bien entendu le capteur est plus petit qu'un APS-C mais il est bien plus grand qu'un compact. Vous avez donc un contrôle certain sur la profondeur de champ et le bruit est maîtrisé. A propos du bruit, c'est un capteur Panasonic, et un boîtier grand public n'attendez donc pas des miracles. Panasonic limite la sensibilité à 3200 ISO.
Je pourrais continuer avec de petites frustrations comme des limitations inexplicables de certains modes de prise de vue ou un des pires manuels utilisateur qu'il m'ait été donné de voir mais cela nous détournerait de l'essentiel à savoir le plaisir réel d'un boîtier compact, réactif et doté d'une visée LiveView efficace. Pour le photographe amateur (dans le sens noble du terme), le Lumix GF1 est une petite machine à bonheur.
En conclusion, à qui s'adresse le Lumix GF1 ? Coupons d'abord le cou à certains fantasmes, Panasonic ne vise pas à remplacer le système M de Leica. Le GF1 est un boîtier grand public.
Panasonic le destine au photographe qui se sent limité par son compact et qui cherche maintenant un boîtier plus ambitieux sans pour autant s'encombrer d'un gros boîtier (NDLR, basé sur un design vieux de plus de 50 ans).
Et je ne suis pas d'accord. Enfin, pas tout de suite. Le Lumix GF1 a le potentiel d'être cela mais tant qu'il n'y aura pas un vrai système avec une gamme optique variée, des accessoires nombreux, un format RAW documenté, le support des opticiens tiers comme Tamron, de plusieurs éditeurs de logiciels et un marché de l'occasion vivace, il sera difficile de recommander le Lumix GF1 comme premier boîtier ambitieux. En effet, l'atout d'un reflex reste la large palette d'accessoires exotiques qui permettent de l'adapter à toutes les situations photographiques.
Aujourd'hui le Lumix GF1 ne dispose pas d'une telle gamme. Il y a donc un risque pour le premier achat (mise à jour : lire l'évaluation du kit 14-45mm), quand justement on n'a pas encore clairement identifié ses besoins, d'entrer dans un système qui s'avère trop étroit. Ce n'est pas en soi un défaut du boîtier ou une erreur de Panasonic, simplement Rome ne s'est pas faite en un jour. Mais, après l'ouverture du format RAW, c'est le deuxième chantier auquel Panasonic doit s'atteler. La bonne nouvelle c'est que le GF1 ne peut donc que se bonifier dans le temps !
Ayant écrit cela, je suis clairement sous le charme du GF1. La taille du système n'est évidemment pas un problème pour un deuxième boîtier plus compact, plus amusant, plus... bref si vous êtes certains de couvrir vos besoins principaux, soit par un autre boîtier, soit parce que vous avez très soigneusement étudié la gamme optique et vos besoins, alors n'hésitez pas une seconde pour l'ajouter sur votre liste de Noël. C'est, je l'ai déjà écrit, un condensé de plaisirs photographiques. Ce serait dommage de s'en priver.
Déclencheur Gold à partir de 3,75 euros/mois
Plus de trois fois plus de temps d'antenne, uniquement pour les membres Déclencheur Gold. Pourquoi s'en priver ?
Votre entrée gratuite au Salon de la Photo
Déclencheur vous offre vos entrées, d'une valeur de 11 euros, au Salon de la Photo (5 au 8 novembre). On s'y retrouve !
Savez-vous que Déclencheur est sur Twitter ?
Pour suivre les dernières infos, les anecdotes et la vie de votre site photo préféré, rejoignez-nous sur Twitter
Par contre, je serais curieux de savoir pourquoi tu n'évoques pas le nouveau Pen d'Olympus... Ce boitier te semble-t-il moins intéressant ?