
... ou peut-être pas.
Cette année, au Salon de la Photo, j'ai beaucoup échangé autour du LiveView. Il y a quelques années déjà j'ai exprimé avec force mon intérêt pour cette technique de la visée (dans l'édito de l'épisode). Sachant qu'il n'y aura sans doute jamais de solution parfaite je trouve qu'elle colle assez bien à mes goûts et mes attentes. Avec l'arrivée de boîtiers LiveView plus ambitieux, il y avait matière à discussion lors du Salon.
Dans ces conversations, j'ai constaté avec beaucoup de plaisir que les avis s'étaient considérablement nuancés en 2 ans. Le monde n'est pas noir ou blanc, l'intérêt est dans les nuances, comme un bon tirage. Et nombre de photographes semblaient bien plus disposés voire même curieux d'explorer ces nuances qu'il y a 2 ans. En quelques notes, je propose de vous résumer ces conversations. On a déjà abordé l'utilisation professionnelle dans des conditions extrêmes, continuons à l'opposé par le réalisme de la visée.
Toute l'idée de la visée reflex est d'offrir au photographe une image aussi fidèle que possible de la photo finale. De fait, quel que soit l'objectif utilisé, quelle que soit l'ouverture sélectionnée, le photographe peut prévoir, avec une grande fidélité, l'image qu'il va obtenir. Le reflex, et cela a fait sa force par rapport par exemple au télémétrique, fonctionne parfaitement avec une focale normale, un fisheye, un télé mais aussi en macro.
Sauf que, à bien y réfléchir, ce viseur n'est pas le reflet exact de la photo finale. Ainsi, le choix du film, son développement ou, en numérique, les réglages de colorimétrie et de contraste du boîtier (ou du logiciel dans le cas du RAW) modifient profondément le rendu des photos. Et ça la visée reflex ne le montre pas. De même l'effet d'une éventuelle correction d'exposition n'est pas visible. On pourrait également noter le contrôle de la profondeur de champ qui assombrit le viseur, ce qui est techniquement logique puisque le diaphragme se ferme pour afficher la vraie profondeur de champ mais anormal sous l'angle de la prévisualisation puisque l'exposition ne change pas. Or un assombrissement semble indiquer un changement d'exposition. En parlant d'exposition, l'impact de la vitesse (pour figer le mouvement ou créer un flou de mouvement) n'est pas non plus visible.
Tout cela le photographe le sait. Il l'a appris et, si son oeil ne voit pas l'exact reflet de la photo, son oeil mental le corrige instinctivement. "On est trop malins," comme me le disait récemment un ami, "on en voit plus que ce que le viseur nous montre, c'est pour ça qu'on ne comprend pas le LiveView."
De fait, apprendre à prévisualiser la photo, c'est-à-dire à interpréter l'image du viseur et deviner le rendu final de la photo fait partie de l'apprentissage du photographe. C'est d'ailleurs un des atouts du numérique que de permettre aux photographes (débutants ou confirmés d'ailleurs) de vérifier d'un coup d'oeil sur l'écran arrière ou sur l'histogramme si l'image réelle correspond à l'image prévue. On apprend beaucoup plus vite quand on peut corriger ses erreurs de prévisualisation immédiatement.
Ce qui m'amène à la visée dite LiveView c'est-à-dire la visée par l'écran arrière dont l'image se rafraîchit en temps réel. Sur bien des points cette visée LiveView assure une meilleure pré-visualisation de l'image que la visée reflex. Bien entendu le LiveView s'adapte à la focale sélectionnée, fonctionne en macro, en fisheye ou en longue focale mais, de plus, l'écran peut tenir compte des réglages de colorimétrie, de contraste. L'écran peut également s'assombrir ou s'éclaircir pour simuler l'effet d'une correction d'exposition. En poussant le gain du signal, il est même possible de contrôler la profondeur de champ sans assombrir l'image.
Vous me répondrez peut-être que vous n'avez pas besoin de cette aide puisque votre oeil mental a l'habitude de compenser. Vous ajouterez sans doute que la visée LiveView souffre d'autres artefacts, en particulier par faible ou forte luminosité et vous avez raison. Bref, elle ne rend pas non plus une image parfaite de la photo. Vous avez raison. Il n'empêche avec l'amélioration des écrans, je crois que ce côté vrai WYSIWYG de la visée LiveView va, petit à petit, devenir vraiment prépondérant, surtout auprès des jeunes photographes.
Pourquoi un jeune photographe devrait-il apprendre à prévisualiser l'effet de la balance des blancs ? Si ma fille devait apprendre la photo aujourd'hui, je préférerais qu'elle gagne du temps sur ces aspects techniques pour pouvoir plus tôt, plus vite découvrir la maîtrise de l'éclairage, par exemple. Le temps gagné sur l'étude des matières de base peut être libéré pour des matières plus... enrichissantes.
Comble du raffinement, si vous êtes toujours prêts à faire travailler votre oeil intérieur, le LiveView offre quelques astuces pour le photographe expert. Mon préféré est l'histogramme temps réel, qui se révèle vite indispensable pour exposer à droite. Bien entendu il faut alors prévisualiser le développement du fichier RAW (l'oeil intérieur est donc toujours utile) mais l'histogramme permet une mesure de lumière bien plus précise que le simple indicateur de sur ou sous-exposition.
En résumant, si votre but est d'obtenir la visée la plus proche de l'image finale et que vous ne travaillez pas dans les conditions où le LiveView reste mauvais (pas de concerts, pas de sport, etc.) alors je crois que vous pourriez découvrir que la visée LiveView est la technologie qui offre le rendu le plus fidèle de l'image finale.
En guise de conclusion je rappelle qu'il ne s'agit pas ici d'opposer des solutions techniques dans l'absolu. Pour moi, une solution est toujours à évaluer par rapport aux besoins du photographe. Si elle sert le photographe, si elle lui permet de s'exprimer et de s'amuser, elle est bonne par delà les discours marketing. Il convient donc, et c'est le but de ces notes, de s'informer, d'échanger pour pouvoir ensuite faire le choix le plus pertinent... c'est-à-dire le choix le plus personnel. Qu'en pensez-vous ?
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Par contre, si je peux me permettre de rajouter un point, c'est que personnellement j'ai toujours eu plaisir à "observer dans le viseur".
Quand on colle son oeil dand un viseur, je trouve que l'on ne "voit pas pareil". J'irais jusqu'à dire que de temps en temps je m'amuse à regarder autour de moi en 'imaginant dans mon viseur".
La réalité est recadrée et ce qu'il y a autour occulté, même si comme vous le disiez il y a une perception mentale.
C'est dur à exprimer et j'espère que vous m'aurez compris. Et aussi que je suis sûrement un grand nostalgique sentimental lol !