Je ne savais pas qu’il fallait sauver la photographie

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Je ne savais pas qu’il fallait sauver la photographie

Appel surprenant dans ma boîte aux lettres ce matin : sauvons la photographie, appel à diffuser. Ce que je fais bien volontiers. Lisez et, si vous supportez la démarche, signez. Quel que soit votre avis sur le sujet, relayez l'appel.

Appel surprenant écrivais-je parce que j'ignorais que la photographie était en crise et devait être sauvée. Les contacts que j'établis tous les jours, les nombreuses interviews que je réalise me le montrent, la photographie (dans son ensemble) se porte très bien : on vend de plus en plus de matériel, on prend de plus en plus de photos, on en partage de plus en plus, etc. A la grosse louche, je dirais que 90% de mes contacts sont heureux de l'évolution et de l'état de la photographie aujourd'hui (mise à jour : la photographie est-elle touchée par la crise ?).

Les 10% restant par contre souffrent et souffrent réellement. Ils ont besoin que quelque chose soit fait pour les aider (à titre personnel, je crois qu'il y aurait une solution plus efficace que des états généraux).

Mais je ne peux que déplorer, dans l'appel, une confusion entre la photographie et un métier particulier. Et malheureusement je crois que cette confusion soit déforce considérablement l'appel, soit pose question pour l'ensemble de la grande famille de la photographie. Déforce l'appel parce que, en lisant le titre, on ne peut s'empêcher de penser "pourquoi sauver la photographie alors qu'elle traverse une période de forte croissance ?"

Mais aussi, et surtout, parce que si des états généraux s'organisent autour de la grande famille de la photographie dans son ensemble, les photographes créateurs et les photojournalistes qui ont lancé cet appel risquent de se retrouver fortement marginalisés dans les débats. Les photographes amateurs, les photographes familiaux, Fotolia, et l'industrie de l'image représentent un poids considérable à côté desquels les 1600 membres de l'UPC... ne feront pas le poids. Leurs problèmes risquent de ne pas être abordés correctement et donc résolus.

Si, à l'inverse, on organise des états généraux de la photographie avec la seule participation des photographes créateurs... ce que l'appel semble souhaiter dans le choix des termes et l'orientation proposée pour les débats, il y aurait une grande malhonnêteté intellectuelle. En 1839, la France a fait don de la photographie au monde parce qu'elle a estimé, à juste titre, que l'invention, que la photographie a vocation universelle. Organiser aujourd'hui un débat autour de la photographie sans tenir compte de cette universalité et sans y impliquer toutes les parties seraient au moins de la malhonnêteté intellectuelle.

Mise à jour : lire la réaction de Pierre Ciot, vice-président de l'UPC, dans les commentaires. Il apporte quelques éléments de réponses.

En rédigeant cette note, je réalise que je n'ai pas encore décidé s'il y avait lieu de soutenir la constitution d'états généraux de la photographie ou pas... je suppose que j'aurai besoin de plus d'information sur ce qui est prévu, la formule, les partenaires impliqués, etc. Je note aussi que les récriminations des photographes créateurs font l'écho d'autres professions comme les musiciens, les journalistes, bref un grand nombre de professions intellectuelles ou culturelles et je me demande si le débat ne serait pas plus productif en organisant un grand échange multi-professionnel.

Je n'aime pas conclure ces notes de manière ambiguë mais je trouve important d'être franc et honnête. Je relaye l'appel, alors que je ne l'ai pas (encore) signé, parce que je sais que certains photographes ont besoin d'aide. Mais, avant de signer à titre personnel, j'avoue que j'aimerais comprendre ce qui se cache derrière l'appel et être convaincu que ce qui est proposé là est bien à la fois la solution aux problèmes des photographes créateurs et une aide pour l'ensemble de la grande famille de la photo.

Par Benoît Marchal, le Lundi 23 Mars 2009
Dans : La photo | Vu, lu, entendu | Liens divers

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Un grand débat pour une chose très simple à mon avis : il s'agit simplement de savoir si on peut "vivre" des métiers de la photographie. Il est évident que pour les amateurs, il n'y a pas de problème...
Par Flodine le Lundi 23 Mars 2009 at 01:21 APRES MIDI
« Si vous supportez la démarche, signez. »
Elle est si insupportable que ça ?

À mon sens le problème ne vient pas tant des photographes, qui pour la plupart savent se mettre en vitrine grâce aux outils d'aujourd'hui, que de la clientèle [surtout professionnelle dans le cas de la photo] qui, à l'instar de celle de l'industrie musicale ou de l'information, développe un goût pour le tout gratuit qui empêche tout simplement d'espérer vivre de ses photos. Que l'on soit amateur ou professionnel, une œuvre de l'esprit a un tarif ; c'est lui qui est en danger. Aujourd'hui les budgets photos deviennent ridicules en suivant un cercle vicieux tout simple : comme on trouve toujours quelqu'un pour fournir du contenu bien en-dessous des barèmes théoriques, on revoit le budget à la baisse pour le prochain numéro de son magazine ou son prochain projet de bouquin et on recommence de plus belle. Résultat : soit le photographe accepte des tarifs ridicules, soit il ne fait plus rien.

Bien sûr il reste les missions commandées de type reportage de mariage ou de communication, mais les secteurs de l'édition [musicale ou pas] et de la presse vont mal. C'est sur ce point qu'appuie l'UPC dans sa pétition, en cherchant un encadrement légal des tarifs pratiqués. Dans le fond ce n'est pas tellement une guerre ouverte aux amateurs, c'est plutôt une tentative de croisade contre la dévaluation de la création d'amateurs comme de professionnels. Reste à voir jusqu'où elle ira.
Par dpc le Lundi 23 Mars 2009 at 03:33 APRES MIDI
Tant qu'ils y sont à demander à l'Etat de fixer des tarifs pour les photos, qu'ils en profitent pour faire augmenter les prix des livres sinon les moines copistes et autres calligraphes vont se retrouver sur la paille. Bien sur, l'idéal serait de bannir les appareils photos à moins de 1,000 euros et surtout les machines d'imprimeries.
C'était mieux avant.
Par Daniel Halber le Lundi 23 Mars 2009 at 03:56 APRES MIDI
@Flodine, et oui, c'est de cet écart que naisse les tensions
@dpc, elle n'est pas insupportable, mais en l'état elle pose des questions. Pour récapituler, la photographie c'est très vaste et l'appel ne vient que d'un petit groupe. Alors faut-il une réponse pour ce petit groupe ou doit-on impliquer tout le monde ?
Ce n'est pas clair à la lecture de la pétition.
@Daniel ça me rappelle l'arrivée des boîtes à rythme dans les studios. Il fallait payer un musicien (à ne pas jouer donc) pour avoir le droit d'utiliser une boîte à rythme. Ce ne sont pas des solutions à long terme.
Par Benoît Marchal le Lundi 23 Mars 2009 at 04:29 APRES MIDI
Benoît,

D'accord, je comprends mieux ta position. Espérons qu'ils pensent à tout le monde dans leur pétition, même s'ils ne parlent que d'eux en orientant bien leur charité. S'il font une distinction entre amateurs et professionnel alors évidemment, la démarche ne sert à rien. Merci pour les précisions !
Par dpc le Lundi 23 Mars 2009 at 04:52 APRES MIDI
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