Il y a deux formes de commerce : la vente directe (par exemple, l'Apple Store où Apple vend ses produits sur son site et dans ses propres boutiques) et la vente indirecte qui s'appuie sur des intermédiaires comme des distributeurs et des revendeurs (par exemple, l'iTunes Store où Apple revend des contenus développés par d'autres industriels). Bien entendu le modèle de vente n'est pas neutre. Pour ne prendre qu'un seul exemple, les intermédiaires prélèvent une marge sur le prix du produit.
La plupart des industriels préféreraient vendre en direct pour augmenter leurs marges (en conservant la part des intermédiaires) et offrir des conseils personnalisés. La plupart des clients préféreraient acheter en direct pour payer moins cher (en supprimant la part des intermédiaires) et bénéficier d'un plus grand choix. Mais le paradoxe c'est que la plupart des clients achètent dans leur quartier, auprès de revendeurs locaux donc, et la plupart des industriels sont bien obligés de pratiquer la vente indirecte.
Ca c'était avant Internet.
Parce qu'aujourd'hui de plus en plus de clients achètent partout dans le monde, via des revendeurs Internet. Ils passent d'une boutique de quartier à un magasin à l'autre bout du monde, pour trouver des produits exclusifs, plus de choix, des conseils ou, tout simplement, de meilleurs prix. Tout semble avoir changé dans le commerce et pourtant c'est toujours de la vente indirecte.
Au début des années 90, aux temps glorieux des balbutiements du commerce électronique, nombre de consultants prédisaient la fin des intermédiaires. "Demain," expliquaient-ils, "vous vendrez tous en direct, sans intermédiaires." Cela devait se traduire par une baisse des prix (bonne nouvelle pour le consommateur) et une hausse des marges (bonne nouvelle pour les fabricants). Seuls les importateurs, revendeurs et les autres acteurs de la chaîne de valeur faisaient un peu la tête.
Je n'y ai pas cru une minute parce que j'avais constaté qu'assurer du trafic à une boutique en ligne c'était très long et très coûteux. Or sans trafic, pas ou peu de vente. A retenir, si vous cherchez un jour un consultant, il y en a aussi deux formes : ceux qui répètent des avis qu'ils ne comprennent pas, on les trouve généralement dans les grands salons des conférences, et ceux qui étudient les sujets avant de se prononcer... ils sont moins populaires mais les clients qui leur font confiance ne le regrettent pas.
C'est sans doute le bon moment pour qualifier mes propos : je suis l'évolution du commerce électronique, sous différentes formes, depuis 1993, comme consultant en informatique. Pour ne citer que quelques exemples, j'ai participé à une des premières versions de la boutique 3Suisses et j'ai écrit un des tous premiers papiers de Netscape (pour les plus jeunes, l'ancêtre de Mozilla) sur les boutiques en ligne.
Bref, malgré les prédictions mal informées de certains, hormis pour quelques gros industriels qui ont profité du passage pour copier la politique d'Ikea (d'accord, Apple ne pratique pas les mêmes prix qu'Ikea mais remarquez que tout deux accordent beaucoup d'importance au design), les intermédiaires restent un élément essentiel et incontournable du commerce qu'ils soient électronique ou non.
Mais, par ailleurs, les prix baissent en ligne. Comment est-ce possible ? Il y a bien entendu des phénomènes de réduction de coûts mais la pression sur les prix est telle que, dans bien des cas, la baisse vient soit de l'intermédiaire qui réduit sa marge (c'est le cas d'un certain nombre de grandes boutiques en ligne), soit des industriels qui baissent leurs prix de vente, soit les deux.
Pourquoi je vous parle de commerce électronique, brusquement, dans un blog habituellement dédié à l'image ? Il y a beaucoup de raisons mais, en se limitant à l'actualité, parce qu'on parle beaucoup de microstocks, de pression sur les prix, depuis quelques jours suite à la pétition de l'UPC. Si vous appliquez le raisonnement, vous constaterez que, en photo comme dans d'autres industries, la baisse du prix final vient d'une baisse des prix de vente par les industrielsphotographes professionnels, sous la pression des intermédiaires et des clients finaux.
Que faire pour retrouver des marges convenables ? L'UPC propose des états généraux, je crois pour ma part qu'il faut revoir le mode de distribution et déplacer la pression sur l'intermédiaire. Notez que les deux démarches ne sont pas nécessairement incompatibles.
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Il y a quelque temps Photoshelter a essayé de mettre en place une banque d'image mid-stock avec une autre vision et au bout d'un an ils ont fermé parce que l'essentiel du marché de l'illustration est au microstocks. http://mp.photoshelter.com/
Et finalement est ce que c'est si intéressant que ça le marché de l'illustration?
En tant qu'informaticien j'imagine que tu vis surtout de prestations de services plutot que de licences de logiciels dont tu es l'auteur. Pour la photo je ne vois pas ce qu'il y a de mal a vivre de reportages, de portraits, d'images faites sur commande plutôt que de vente d'oeuvre.
Le fait qu'il y ait des photos banales que l'on peut acheter 2 euros en 2 secondes n'empêche pas le fait que l'on va employer un photographe à 2000 euros pour couvrir un évènement particulier. Dans l'économie numérique la copie n'a pas de cout marginal, à la limite la photo peut être gratuite si cela peut générer plus de valeur, ce qui est cher en revanche c'est le service de qualité. Une photo qui raconte une histoire standard vaut 2 euros une photo qui raconte mon histoire unique peut en valoir 2000 par exemple.
Ou alors si on ne fait pas de service il faut pousser la logique de l'auteur jusqu'au bout. Il faut en faire un livre, il faut écrire l'article qui accompagne la photo, il faut vendre le produit qui utilise la photo pour se promouvoir. Parce que sinon le travail est a moitié fait, ce n'est pas un vrai travail d'auteur, c'est juste une image commodité.
C'est comme ça qu'il faut poser le débat, moi photographe suis je prestataire de service/artisan ou créateur/auteur? et faire le travail en conséquence et mettre en avant soit la qualité du service soit la valeur de l'œuvre.