
Pendant combien de temps encore les labels vont-ils nous imposer leur suicide ? Franchement, c'est indécent.
Quand ils n'encouragent pas les amateurs de musique au piratage, les labels s'efforcent de ruiner la musique... pour nous en dégoûter définitivement ?
Le fait d'avoir dû plonger dans la production audio pour Déclencheur m'a amené à prendre conscience de certaines pratiques et outils. Un sujet qui fait de plus en plus de bruit dans ces milieux, c'est la guerre du volume (loudness war). Pour diverses raisons, les labels pensent qu'un album bruyant se vend mieux aussi ils n'hésitent pas à dégrader la musique pour donner l'impression de plus de volume.
Si on faisait l'analogie avec la photo, les albums modernes seraient des tirages tellement surexposés qu'ils sont presque blancs et sans détails... est-ce que vous achèteriez une feuille de papier blanche couverte de quelques pattes de mouche ? Vraisemblablement non. Ce n'est peut-être pas étonnant après tout que les ventes de musique s'effondrent.
L'histoire est paradoxale. Le CD et, de façon plus générale, la numérisation du son a apporté des améliorations techniques considérables. On peut préférer le son analogique au numérique mais il est indéniable que le numérique apporte un meilleur rapport signal/bruit ainsi que plus de dynamique et de bande passante. Ca devrait s'entendre, non ?
Et bien pas vraiment parce que le traitement dynamique a également évolué... ce qui est censé permettre là aussi de beaux progrès. Dans l'absolu, à juste dose, le traitement dynamique améliore le son mais, mis entre les mains des labels, c'est traduit par une course au volume ou une course à la destruction de la musique.
Le dernier exemple relevé par la critique c'est Death Magnetic, le nouvel album de Metallica. Ils ont tellement poussé les manettes que la courbe de volume est presque complètement plate. Le conseil aux fans semble être d'attendre plutôt la sortie de Guitar Hero : Metallica.
J'ai réalisé quelques comparaisons très simples, sous forme de courbe de volume dans Logic Pro, pour voir l'évolution du phénomène. Voici Say, Say, Say de Paul McCartney et Michael Jackson, en 1983 et Don't look any further de Dennis Edwards et Siedah Garrett en 1984. Les pics et les vallées sur ces courbes, témoignent d'une belle dynamique : quand le batteur tape, ça claque (les pics de la courbe) pour notre plus grand plaisir auditif. Dans les années 80, on ne sacrifiait pas encore les chansons pour le volume.


Voici le même type de courbe pour My Apocalypse, extrait du dernier Metallica. La courbe est pratiquement plate. Batterie, guitare ou voix, tout est au même niveau, la plupart des détails ont été gommés pour donner l'impression d'un volume maximum.

N'allez pas croire que c'est parce que la musique de Metallica est bruyante (ou que les guitares saturent). Je parle bien ici d'un effet totalement artificiel où l'on écrase la dynamique. Pour preuve, voici les mêmes courbes pour Sad But True, soit toujours Metallica mais en 1991. C'est fort mais la dynamique de la chanson est préservée, il y a des pics et des vallées dans la courbe. Nous sommes encore en 1991.

Et voici Dance Tonight de Paul McCartney en 2007. Sans être aussi tragique que Death Magnetic, on voit que là aussi le traitement dynamique a écrasé la chanson. Un quart de siècle nous sépare de Say, Say, Say et les priorités ont changés.

Les labels font cela pour que, à la première écoute vous ayiez l'impression d'une chanson tonitruante. Le piège c'est que ce n'est qu'une impression fugace parce que c'est vous qui contrôlez le bouton volume. Il suffit d'une pression pour passer d'un murmure à une déferlante. Alors, allez-vous me dire, où est le problème ? Comme il n'y a plus de dynamique dans l'enregistrement, dès qu'on baisse le volume, ce qu'on entend c'est un peu de bruit et de distorsion. Comme pour une photo cramée, les détails sont perdus à jamais.
En clair ces traitements excessifs nous privent à la fois du plaisir de la musique que nous achetons et de profiter de ce matériel audio sophistiqué qui reproduit finement les nuances.
Je démarrais cette note sur cette impression d'un suicide des labels. Le suicide commercial et social a déjà été longuement débattu mais il est également un suicide artistique.
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