Par Benoît Marchal, le Jeudi 22 Mai 2008, 11:08
Dans La photo, Vu, lu, entendu

La photo et la Ford T

La photo et la Ford T

Il y a quelques temps, je vous proposais quelques pistes de réflexions sur l'avenir des métiers de la photo. Pour résumer, je constate que la photo n'est pas la seule activité en évolution forte mais j'ai souvent l'impression, quand j'échange avec des acteurs du monde de la photo, qu'ils ignorent cette réalité. Au contraire, je crois qu'il y a beaucoup à apprendre en observant comment d'autres marchés évoluent.

Dans cette note, je voudrais proposer un deuxième axe d'analyse mais basé sur la même hypothèse de départ : l'évolution en photo n'est pas exceptionnelle. Je crois en effet qu'en croisant ces deux axes d'analyse (la note précédente et celle-ci) il y a matière à réfléchir sur l'évolution du marché.

Souvent quand on parle de l'évolution de la photo, c'est pour déplorer une baisse de qualité, conséquence inévitable de la baisse des prix. C'est sans doute vrai sous l'oeil du photographe mais il y a un autre angle d'analyse : celui du client. Pour l'expliquer, je propose de comparer à la Ford T.

L'histoire est connue : jusqu'à la Ford T, la voiture était un luxe réservé aux plus fortunés. Les voitures étaient assemblées à la main dans de petits ateliers où les ouvriers spécialisés étaient presque des artisans. Et puis monsieur Ford lança la production de son fameux modèle T, une voiture bon marché, construite à l'aide d'un mode de fabrication révolutionnaire, le travail à la chaîne. Pour la première fois, une voiture était accessible aux ouvriers qui la montaient.

Comparé aux belles voitures de l'époque, le modèle T était frustre et peu luxueux. Mais le génie du produit était ailleurs : pour l'acheteur potentiel, c'était la possibilité, pour la première fois d'acquérir une voiture... et, toujours pour lui, cet achat apportait un confort jusqu'alors inconnu ! Fini les transports en commun ou la marche à pied, l'automobile était arrivée à la maison.

Je crois que la même dynamique est à l'œuvre en photo (et, encore une fois, dans bien d'autres métiers intellectuels). Il y a peu, illustrer une brochure, un livre était un luxe réservé aux plus fortunés. Les photos étaient produites à la pièce par des artisans. Dans le cercle familial, on ne connaissait presque que deux photographes : celui des mariages et celui de l'école.

Or, aujourd'hui de plus en plus de sociétés illustrent toute leur documentation en photo. Il s'agira soit de photos libres de droit et vendues quelques euros sur Internet, soit d'images réalisées pour compte propre avec un matériel parfois sophistiqué mais abordable. Il en est de même d'ailleurs de plus en plus de particuliers, dont des blogueurs. Enfin la photo se pratique tout le temps, on n'attend plus un événement. Thierry le notait d'ailleurs dans les commentaires de la note précédente : l'offre explose et devance souvent la demande.

Je n'ai pas envie de rentrer dans le débat de juger si une photo vendue quelques euros est meilleure ou moins bonne qu'une photo réalisée spécialement pour la publication parce que ce n'est pas important. Ce qui est important c'est le changement de perspective pour le client. Il devait se contenter de publications peu ou pas illustrées alors qu'il peut aujourd'hui s'offrir le luxe d'une publication toute en couleur et richement illustrée. La photo a trouvé sa Ford T et elle s'appelle iStockPhoto.

Lors de conférences, par exemple, je suis frappé par l'évolution des présentations. Il y a 10 ans, le texte dominait, les transparents se limitaient à de longues listes à bulles. Aujourd'hui la photo prend ses aises dans les notes. Il me semble logique que, comme pour la Ford T, c'est le prix bas à toutes les étapes de la chaîne (achat de l'image, montage, reproduction) qui pousse à cet accroissement de la consommation.

Il y a d'autres enseignements à tirer de l'industrie automobile mais je pense à un en particulier : grâce à l'industrialisation des procédés, une voiture moderne est bien plus confortable qu'une voiture construite à la main au début du siècle dernier. Donc on pourrait argumenter que la baisse de qualité n'était que temporaire.

Mon propos n'est pas ici de provoquer ou d'insulter un métier que je respecte mais plutôt d'apporter des éléments de réflexion. Dans une dernière note je vous propose mes conclusions.

Photo : © 2008, jmt-29. Utilisé avec permission.

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Par Ludovic (Saint Lo), le Mardi 08 Juillet 2008, 08:28

Je partage entièrement l'avis de Benoît : En effet, la photo évolue, et on le voit d'ailleurs avec les progrès réalisés dans le monde du capteur numérique : regardons donc la définition, la sensibilité et le bruit des capteurs produits il y a 5 ou 6 ans !
Je me souviens des photos, pourtant "seulement" à 100 ISO de mon Fuji S304 (qui fonctionne encore, mais qui dort dans un tiroir ), 3Mpixels, mais TELLEMENT bruités !!
Aujourd'hui, le capteur de mon reflex Pentax, fabriqué en 2007, est moins bruité à 1600 ISO que celui de mon ancien bridge de 2003...
Ça, selon moi, c'est une évolution, et elle va dans le sens du "grand public". Et il y a fort à parier que dans les années à venir, les capteurs auront une définition et une sensibilité encore plus élevée, avec encore moins de bruit !
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Par Benoît Marchal , le Vendredi 11 Juillet 2008, 08:18

Ah le danger de l'analogie...
Ce que tu dis est tout à fait correct et mon analogie fait visiblement pencher dans cette direction... sauf que c'est pas ce que j'essaie d'expliquer :'(
Tu parles de matériel... et c'est clair que l'évolution est énorme. Mais mon propos était plutôt de dire (et je n'ai pas été assez clair) que les travaux intellectuels sont en train de vivre une révolution équivalente à la révolution industrielle. Mais je parle bien des images, pas du matériel.
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