De la durée de vie des objectifs photo

De la durée de vie des objectifs photo

De la durée de vie des objectifs photo

Traditionnellement, dans un système reflex, les objectifs survivaient aux boîtiers. C'est ainsi qu'on étale souvent la constitution d'une gamme optique sur 2 ou 3 boîtiers. Cela permet d'étaler les dépenses et de profiter au maximum de ses achats. On conseille d'ailleurs souvent aux photographes débutants d'acheter plutôt des optiques que du boîtier, c'est-à-dire d'allouer une plus grande part de leur budget à des optiques de grande qualité quitte à opter pour des boîtiers plus simples.

C'est le conseil que je continue d'ailleurs à répéter sans vraiment me poser de questions tant il est ancré dans la psyché des photographes... sauf que...

Sauf qu'aujourd'hui, la plupart des constructeurs vous le diront, la photo est dans une logique de périphériques informatiques, c'est-à-dire une logique d'évolution rapide et de renouvellement rapide des gammes. Ca touche essentiellement les boîtiers aujourd'hui mais il ne faudra sans doute pas longtemps avant que ça ne touche également les objectifs. Par exemple, il est assez vite apparu que les traitements de surface devaient être adaptés à la brillance des capteurs, nombre d'objectifs historiques, si ils se montent et fonctionnent, ne sont plus à leur optimum sur un boîtier numérique.

Ensuite il y a les optiques dites numériques, c'est-à-dire celles qui sont adaptées à des capteurs APS-C. Elles sont moins encombrantes (génial), souvent plus économiques mais, par définition, elles ne sont compatibles qu'avec une partie des boîtiers.

L'évolution de la motorisation a également entraîné pas mal de changement, principalement dans la gamme Nikon. Les optiques de conception plus anciennes (dont certaines sont encore au catalogue) ne sont pas compatibles avec la mesure de lumière ou l'autofocus de certains boîtiers vendus aujourd'hui. Canon est à l'abri sur ce plan, puisqu'il avait intégré les moteurs dans l'optique dès l'apparition de la monture EF mais Pentax pourrait être amené à la même situation à moyen terme.

Chez Olympus, l'apparition du Micro 4/3 rebat les cartes et nombre d'optiques, même très récentes, n'offrent qu'une compatibilité limitée avec le tout nouveau Pen ou le Lumix GF1 et ce malgré la mise à jour du firmware de ces optiques.

Par ailleurs l'amplitude des zooms augmentent, avec une qualité optique qui en pratique n'est pas une limitation par rapport aux objectifs fixes. Il devient donc raisonnable de se constituer une gamme optique polyvalente en seulement 2 ou 3 objectifs. A la limite on peut envisager un mégazoom et une optique spécialisée comme un objectif macro ou télé, selon ses sujets de prédilection. Ils suffiront à bien des photographes. Comme toujours, cela dépend des besoins et des exigences de chacun mais une gamme optique aussi étroite est réaliste aujourd'hui. On complétera utilement la sélection d'un objectif très lumineux, soit une focale normale, soit un petit grand angle mais, avec trois optiques, cela reste une gamme très limitée et donc relativement bon marché.

Je reviens un instant sur les objectifs 4/3 et Micro 4/3 parce qu'ils sont remarquables dans cette réflexion. D'abord il sont présentés comme respectant une norme mais on constate que les mises à jour de firmware se suivent à une cadence élevée pour assurer la compatibilité avec les nouveaux boîtiers (je parle bien du firmware de l'objectif, pas du boîtier). On peut me répondre qu'il s'agit des maladies de jeunesse d'une gamme encore naissante mais cela pose question pour l'avenir des optiques. Les fabricants cessent souvent les mises à jour à l'approche d'un renouvellement de produits, on peut donc s'attendre là aussi à des incompatibilités d'optiques à moyen terme.

Ensuite ces objectifs sont remarquables parce qu'ils sont liés à un boîtier très novateur (Lumix GF1) dont on peut espérer que d'autres marques s'inspireront... mais ce boîtier révèle également des demandes nouvelles comme l'autofocus à détection de visage ou la combinaison photo/vidéo qui contribuent à démoder très vite les optiques.

Oh, bien sûr, on me répondra que les incompatibilités sont relatives, qu'il s'agit plutôt de restrictions techniques "ça fonctionne mais on n'a plus accès à telle ou telle fonction." Certes mais on achète un boîtier moderne pour bénéficier des nouvelles fonctions, non ? Après tout, si je change de boîtier pour un autofocus plus performant... c'est précisément parce que je compte l'utiliser, l'autofocus.

On me répondra également, fort justement, qu'il y a un vrai plaisir à travailler avec ces optiques de légende et que cela vaut bien un petit sacrifice. C'est vrai mais alors on parle d'un plaisir de collectionneur et je remarque que, souvent, on double l'optique de légende d'une version moderne pour le travail au quotidien.

Il faut également comprendre que la compatibilité n'est pas neutre, c'est même une contrainte forte sur les nouveaux développements. Récemment Nikon, par exemple, livrait deux moteurs d'objectifs dans ses kits : un dans le boîtier pour assurer la compatibilité et un sur l'optique pour l'efficacité. Cela entraînait surcoût et surpoids, ce qui illustre une nouvelle fois le prix de la compatibilité. A un moment, il leur a bien fallu trancher... et c'est ce qu'ils ont fait en limitant la compatibilité dans les gammes grand public.

Or, pour en revenir à la question, c'est à dire est-il toujours raisonnable de se constituer une gamme optique sur la durée de vie de 2 ou 3 boîtiers, le marché de la photo a changé. En argentique, on conservait un boîtier 10, 20 ans, voire plus. Il était donc avantageux pour les fabricants d'assurer une bonne compatibilité des optiques nouvelles avec des boîtiers très anciens. Cela générait des ventes supplémentaires mais, en numérique, on renouvelle beaucoup plus vite les boîtiers... Quel est alors l'avantage, pour un fabricant, de maintenir une compatibilité parfaite à 20, 30 ou 40 ans dans sa gamme ? Pourquoi en subir les désagréments si cela ne se traduit pas par de nouvelles ventes ? On me répondra sans doute que le passionné... oui mais on parle alors de passionnés qui se tournent vers des boîtiers haut de gamme et qui sont prêts à payer fort cher la compatibilité.

Pour en revenir à la réflexion, je me demande si le basculement des boîtiers vers une logique de périphériques informatiques ne touche pas (ou ne touchera pas bientôt) également le reste de la chaîne. Si c'est le cas, il nous faudra sans doute revoir les habitudes d'achat. Certes il est toujours raisonnable d'acquérir de bonnes optiques et d'y consacrer une partie importante de son budget mais, faut-il toujours acheter un objectif en pensant l'utiliser sur plusieurs boîtiers ?

Dois-je réviser le conseil initial ? Dois-je continuer à conseiller à un débutant de réfléchir à une gamme optique dans une logique à long terme, sur plusieurs boîtiers ? Et, plus directement, je m'interroge sur ma dernière acquisition : le Lumix GF1 (oui, j'ai craqué). Depuis hier je suis l'heureux propriétaire d'un Lumix GF1 vendu en kit avec son pancake 20mm. J'ai très envie de le compléter d'un 45mm macro et d'un petit zoom (une gamme en trois objectifs donc) mais est-ce bien raisonnable vu le prix de l'objectif macro ? Surtout s'il n'est pas certain qu'elle survivra au Lumix GF1.

Il y a tellement d'inconnues sur un marché qui subit encore de profonds bouleversements que même certaines vieilles règles qu'on croyait gravées dans le marbre doivent être revues. Et depuis quelques semaines, il ne me paraît plus nécessairement hérétique de dire "si le prix est raisonnable, j'achète cette optique pour ce boîtier seulement," sans l'intégrer dans une logique d'achat à plus long terme.

Et vous ? Pensez-vous que la logique de périphériques informatiques touchera également les optiques ?

Photo : copyright 2008, Primary Picture

Par Benoît Marchal, le Mardi 27 Octobre 2009
Dans : La photo | Accessoires photo | Objectif

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Est-ce que le prix n'est pas à prendre en compte. En effet, changer fréquemment le couple boitier/objectif(s), ça peut rapidement devenir ruineux. Déjà que se monter un ensemble d'optiques cohérentes, ça revient rapidement cher...

Si les constructeurs rentrent dans ce type de produits à péremption rapide (avec un coût) élevé, est-ce que les consommateurs suivront ?

A méditer : les réactions des vendeurs d'objectifs d'occasion sur les sites de petites annonces, qui se plaignent quand on leur annonce que le prix auquel ils souhaitent vendre est trop près du prix de l'objectif neuf.
Par JeMaGa le Mardi 27 Octobre 2009 at 04:24 PM
Bonjour,

j'espère bien que les constructeurs ne suivront pas cette logique car si prend exemple sur Canon, un compromis sur trois optiques en prenant un boitier d'entré de gamme pourrait donner : un EOS 500D, un 17-40 F4L, un 70-200 F4L, un 50mm F1.4 soit un total de 2500 € environ tout de même. S'il faut renouveler l'ensemble à chaque fois, cela revient très vite cher. Sans compter un éventuel flash Cobra, un éventuel grip, des cartes mémoires, ....

... c'est mon banquier qui va être content !
Par Fizmoo le Mardi 27 Octobre 2009 at 06:06 PM
Merci pour cette article très intéressant.

il y a fort a parier que le consommateur "moyen" ne suivra pas cette démarche, trop cher pour un loisir. Pour le passionné, c'est une autre histoire mais combien hésite encore a passer au FF a cause de leur parc d'objectif??

cette politique entrainerait des saut encore plus important entre les renouvellement des boitiers. je change toute les 2 générations et j'ai toujours mes meme objectifs, si je devais tout changer(et rester dans la meme gamme), je me tournerai encore plus vers le marché de l'occasion, la ou les marques ne touche rien. .
Par Ewi le Mardi 27 Octobre 2009 at 06:48 PM
La question qui sous-tends cette note c'est bien de penser l'achat des objectifs comme des consommables. Adieu les belles optiques "L" donc.
Un exemple plus réaliste si on suit le raisonnement, Fizmoo, serait par exemple le EOS 500D, un Tamron 18-270mm et le Canon 50mm macro soit un total de 1400 euros. Un peu plus de la moitié de ton estimation.
Et c'est une question, j'espère que vous l'avez compris. Pas une affirmation péremptoire.
Oh, et à propos, c'est exactement ce que fait le consommateur "moyen" qui se contente souvent de l'objectif kit.
Par Benoît Marchal le Mardi 27 Octobre 2009 at 06:56 PM
Intéressante réflexion... J'ai bien peur que tu ais raisons.
Chez Canon il y a le cas de la stabilisation qui s'améliore d'objectif en objectif...
Par Benoît Courty le Mardi 27 Octobre 2009 at 07:29 PM
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