
Via Les Echos, j'ai découvert Demand Media. En fait je les connaissais déjà : leurs sites sortent régulièrement dans les résultats de recherche et, par exemple, eHow, propose souvent des réponses courtes mais parfois utiles à des questions simples.
Ce qui est fascinant c'est le modèle : l'éditeur analyse le marché des mots clés (c'est-à-dire les requêtes Google), le compare aux offres des annonceurs pour déterminer les sujets les plus rentables. Ils ne sont pas les premiers à faire cela (les buzz dans les blogs c'est un peu la même idée) mais ils ont systématisé la démarche. Les sujets sélectionnés sont alors développés, à bas coût, par un réseau de pigistes. L'article des Echos contient quelques inexactitudes (ainsi il y a plusieurs formes de rémunération) mais c'est une approche qui résoud avec pertinence le vieux problème des journaux et magazines gratuits, comment amener le plus de public aux annonceurs à moindre frais ?
Etienne Mougeotte en son temps avait expliqué, avec une franchise désarmante, que le rôle d'un média gratuit comme TF1 était de préparer les cerveaux à la publicité. On lui a bien fait regretter sa franchise mais c'est un autre débat... Demand Media va un cran plus loin puisqu'il s'appuie sur des bases objectives pour calculer les sujets les plus rentables.
Notons que le réseau de pigistes sera sans doute perçu comme un des aspects choquants du projet mais c'est cohérent avec le fonctionnement de la presse gratuite qui cherche toujours à comprimer les coûts. Et à l'heure où la presse traditionnelle n'en finit plus de mourir, je me réjouis de voir naître d'autres modèles. Oui l'approche de Demand Media pose des questions mais, au moins, c'est un éditeur qui engage au lieu de virer la moitié de sa rédaction pour les remplacer par des dépêches d'agence !
Mais par delà ces aspects corporatistes, c'est par rapport aux lecteurs que je me pose le plus de questions. Ce modèle reflète parfaitement l'impact considérable de la consommation de plus en plus parcellaire de l'information. La logique des médias traditionnels est basée sur la vente d'un ensemble d'information. Un journal ou un magazine c'est quelques rubriques qui vous intéressent et beaucoup de rubriques sans valeur à vos yeux. Fort heureusement nous n'avons pas tous les mêmes centres d'intérêt et un tel lira la chronique économique pendant qu'un autre se délectera des programmes TV. L'éditeur combine toutes ces rubriques et vous délivre l'ensemble à prix fixe. Ce groupement n'est pas neutre parce qu'il permet aux rubriques les plus rentables de financer celles qui le sont moins. A noter que certaines des rubriques les plus rentables (les petites annonces, les nécrologies, les chiens écrasés, les programmes TV) sont aussi les moins coûteuses à produire.
De même pour un livre pratique (les romans suivent une logique fort différente), on achète tout le livre alors qu'on peut n'être intéressé que par quelques chapitres. Et, là aussi, l'auteur s'est souvent fait plaisir en ajoutant des chapitres moins vendeurs à côté des valeurs sûres. Ces chapitres moins vendeurs sont parfois les plus enrichissants mais c'est là un autre débat.
Bref la consommation en ligne est beaucoup plus parcellaire. On ne lit pas le site entier, on plonge directement vers l'article qui nous intéresse, découvert au hasard d'une recherche, d'un lien sur un site social ou d'un moteur de recommandation. C'est un changement total de consommation et il pousse donc chaque article à être rentable en lui-même. Demand Media est la réponse la plus aboutie que je connaisse à ce jour à ce changement de comportement et la réponse me semble, en final, fort logique. Encore une fois, les blogs qui s'amusent à glaner les mots clés n'ont pas un comportement très différent.
Question subsidiaire : la culture et l'information est-ce un produit assez différent des autres pour justifier que, en parallèle, d'autres modes de financement persistent ? Même si je n'aime pas beaucoup la presse quotidienne (j'ai même compris pourquoi), je trouve qu'un magazine sert à informer mais aussi à éveiller la curiosité justement en me faisant découvrir des sujets moins connus.
Il ne s'agit pas ici d'opposer deux modèles, je lis des magazines pour ce côté découverte et je recherche certains sujets sur Internet. Non, il ne s'agit pas d'opposer deux modèles mais de chercher une complémentarité, en fonction de mes centres d'intérêt. Pour les thématiques qui me passionnent, je trouve que le groupement traditionnel conserve sens et valeur. L'abonnement se justifie alors ce qui, je l'espère, permet aux magazines de continuer à développer ces articles moins rentables... peut-être en attendant qu'un nouveau modèle financier apparaisse. Qu'en pensez-vous ?
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