Le photographe, la téléphoniste et le comptable

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Le photographe, la téléphoniste et le comptable

Le photographe, la téléphoniste et le comptable

C'est peut-être une coïncidence mais sur ces dernières semaines, chaque fois que je croise un photographe, il me parle de l'avenir de son métier. Certains sont pessimistes, d'autres optimistes. Ce qui m'étonne le plus c'est lorsqu'ils me demandent mon avis, à moi qui ne vis pas de photographie. Puisque le sujet interpelle, j'ai décidé de résumer mon point de vue en quelques notes.

En préambule, une mise en garde : j'ai un regard extérieur à la profession. Par Déclencheur, je suis impliqué dans la photo mais je suis aussi informaticien et donc plutôt favorable au changement. Ensuite je n'ai pas prétention à apporter des solutions mais plutôt à faire réfléchir et à mettre en perspective certains commentaires que j'entends souvent.

Mon hypothèse de départ est fort simple : ce qui se passe en photographie est très loin d'être unique ou isolé. Nous sommes au milieu d'une révolution similaire en ampleur à la révolution industrielle et tous les métiers intellectuels (photographe, auteur, comptable, prof, secrétaire, musicien,...) sont ou seront impactés. Notez que je n'ai pas écrit "menacés."

Aussi un critère d'analyse qui me paraît fort utile est, justement, de voir ce qui s'est passé dans d'autres métiers et je propose d'en regarder deux qui ont vécu leur révolution il y a quelques années déjà : la téléphoniste et le comptable.

A ses débuts, ce qui allait devenir l'industrie des télécoms était gourmande en main d'œuvre : une armée d'opératrices connectait les abonnés. C'est l'époque où l'on demandait son correspondant à une charmante demoiselle qui établissait la connexion à la main. Et puis on inventa le central à commutation automatique qui permis à l'abonné de composer directement le numéro de son correspondant sur son cadran.

Bien entendu, téléphoniste et photographe ce n'est pas vraiment le même métier mais je vois un parallèle fort avec certaines évolutions. En effet, par le cadran de son téléphone, l'abonné est devenu le téléphoniste. Ainsi un métier hautement spécialisé a disparu, remplacé par un outil qui répartit ce travail dans toute la population. Si vous pensez Flickr, Fotolia et autres iStockPhoto, moi aussi.

Hormis les intéressés (écoutez cette interview d'une opératrice canadienne et notez sa réaction quand on lui parle d'automatisation des centraux), qui dans les abonnés s'est plaint de la disparition des opératrices ? Globalement ils ont apprécié la plus grande rapidité de service et, surtout, la discrétion... sans même parler de la baisse des tarifs.

Autre exemple, autre contexte. Si les premiers ordinateurs étaient destinés au déchiffrement, ils seront bien vite utilisés dans le civil pour la tenue des comptes.

En théorie, la profession comptable était aussi condamnée que les opératrices parce qu'un programme de comptabilité peut facilement (et plus efficacement) tenir les livres et tirer le bilan. Mais loin de rejeter l'informatisation, les comptable ont adopté l'outil, en ont constaté la puissance et ont utilisé cette puissance pour formuler une nouvelle offre de service : comptabilité analytique mais aussi, de façon générale, un accent sur le service, la connaissance des lois, etc.

Le parallèle avec la photo ? Il est double, d'abord comme en photo l'outil de base des comptables a changé. Ensuite, comme en photo, l'outil s'est tellement simplifié que, dans une forme basique, il est accessible à tous. Il a donc fallu inventer d'autres services, ce qui a causé de vrais défis humains, en matière de formation et de redéfinition de la profession même. Le comptable moderne n'a pas grand chose à voir avec le comptable de grand papa qui tenait ses livres à la plume d'oie. De fait, la tenue des livres et la saisie ne sont plus des activités importantes dans la plupart des cabinets.

Je ne sais pas si la photographie professionnelle suivra plutôt le chemin des opératrices ou des comptables mais j'espère que ces exemples peuvent guider certaines démarches, individuelles ou collectives d'ailleurs. J'y reviendrai et dans une deuxième note je vous propose un autre critère d'analyse avant de conclure.

Photo : © Desja

Par Benoît Marchal, le Vendredi 2 Mai 2008
Dans : La photo | Vu, lu, entendu

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Assez vrai. Tout comme d'autres métiers artisanaux touchés par l'industrialisation, la photographie épargnée jusque là fait sa mutation. Le numérique bouleverse la prise de vue mais a ausssi changé la distribution en profondeur. "La" photo est moins "rare", l'offre explose, devance souvent la demande, les publicitaires et le éditeurs savent désormais qu'ils peuvent trouver des images à bas coût produites quelquefois par des amateurs (crowdsourcing), ou qu'ils peuvent faire venir en un clic une image de l'autre bout du monde. Le niveau global de qualité a fait un bon en avant le photographe professionnel doit s'adapter. Mais il faut aussi qu'il accepte de voir la réalité. Il y a une part créative dans son métier, il peut donc cibler une qualité haut de gamme pour tirer profit de son expérience il y a aussi une part commerciale sur lequelle il doit aussi agir en améliorant son offre, en tirant profit de son réseau, en allant chercher les clients plus loin, etc... Vaste programme.
Par thierry le Mardi 6 Mai 2008 at 08:05 MATIN
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