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Par Benoît Marchal, le Mercredi 30 Avril 2008, 21:22
Dans Vu, lu, entendu

Michael Moore : Polémique système, bof

Michael Moore : Polémique système, bof

Souvent, les tournants de ma vie s'annoncent par un livre. Rarement un livre qui présente une idée tout à fait neuve mais plutôt un livre qui catalyse une série d'idées et de réflexions et qui me pousse à l'action. Par exemple, je retrace mon désir d'écrire, ou plutôt d'être publié à la lecture d'Object-Oriented Programming, an Evolutionary Approach (oui, j'assume ma geek attitude). Ces livres tournants sont parfois remarquables pour les idées qu'ils présentent mais, presque toujours, ils le sont par la forme. C'est le style de l'auteur ou encore l'utilisation de techniques narratives peut-être pas toujours nouvelles dans l'absolu mais nouvelles pour moi à l'époque où je les découvre qui m'amène à associer ces livres à des époques de ma vie.

Dans cette grande étagère de livres, il y a quelques exceptions et, en particulier, un film. Un film, je m'en souviens, que j'ai découvert dans une chambre d'hôtel lors d'un voyage à Paris. J'avais passé la journée en réunion, je logeais à La Défense pas trop loin du siège de mon client. En remontant du restaurant, Canal proposait une soirée sur l'antimondialisation et je ne savais pas encore ce que c'était. Je ne me souviens plus de l'année mais c'était peu après la parution de XML by Example (quand je vous dis que je compte les années en livres...).

Ce film c’est The Big One de Michael Moore. En l’occurrence, ce ne sont pas les idées qui m’ont marqués (l’antimondialisation ne passe toujours pas par moi) mais la technique narrative. Pour la première fois, je découvrais ce que, faute de mieux, il faut appeler un documentaire mais un documentaire clairement engagé. Un documentaire écrit et filmé non pas comme un documentaire justement mais comme une chronique, comme un pamphlet. C’était le début d’une révolution copernicienne, toute personnelle, une révolution qui a piqué mon intérêt pour l’audiovisuel. Bien vite, j’achetais plusieurs livres sur la production audiovisuelle et je n’ai plus cessé de suivre l’évolution technique, jusqu’à l’arrivée du podcasting.

Depuis je suis, je l’avoue, un fan de Michael Moore. Et même si je partage rarement ses idées, je reste scotché par les techniques narratives qu’il déploie. La manière dont il s’est approprié les canons du documentaire et les a détourné vers de nouveaux horizons : le cinéaste prend parti, il s’engage (il dira qu’il monte son film), il s’installe à l’écran, il invente des situations et y entraîne les protagonistes, etc. Pour moi, il y a un avant et un après. Avant, le documentaire c’était Cousteau, après c’est Une vérité qui dérange.

Aussi j’étais ravi d’apprendre qu’un documentaire justement était consacré au phénomène Moore ! Je l’ai précommandé, j’ai attendu, je l’ai regardé et je suis décu mais déçu !

Pour résumer, Debbye Melnyk découvre au beau milieu du tournage que ni Bowling pour Colombine, ni Farenheit 9/11 ne sont des documentaires au sens classique mais plutôt des pamphlets. Avec la fierté d’une journaliste qui a découvert une évidence elle entreprend alors de démontrer sa thèse… ce qui serait acceptable s’il ne lui fallait pas une heure et demi pour cela.

Notez que ce documentaire sur Michael Moore suit presque tous les canons du genre (dans une concession à la modernité, Debbye Melnyk se met en scène) et, en particulier, il se couvre de l’indispensable vernis d’impartialité. Ainsi alors que sa déception est palpable lorsqu’elle découvre que Moore a pris, au nom d’une mise en scène plus dramatique, des libertés avec la chronologie des faits dans Roger et moi, Debbye Melnyk donne la parole à un confrère qui lui explique que la chronologie n’est qu’un détail par rapport aux faits qui sont exposés.

Ma déception est également palpable parce que Michael Moore : polémique système n’a pas identifié son sujet assez tôt et, plutôt que de nous expliquer en quoi ce que j’appelle le post-documentaire renouvelle le genre et ouvre de nouveaux espaces de création, Debbye Melnyk s’épuise à enfoncer des portes ouvertes.

 
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