Par Benoît Marchal, le Jeudi 02 Octobre 2008, 08:51
Dans La photo
Conférence de presse Panasonic ce mardi matin pour présenter le Lumix G1 (ainsi qu'un magnéto numérique). Le Lumix G1 est le premier boîtier au format Micro 4/3. Si vous suivez l'actualité photo, il n'y avait rien de neuf à apprendre lors de cette conférence mais j'étais curieux de poser une question (j'y reviens) à l'équipe de Panasonic. Autour de moi l'essentiel des discussions portaient sur le classement de l'appareil : est-ce un réflex, un bridge, un compact ou une espèce de M ?
Si je me base sur ces réactions, le message de Panasonic, à savoir qu'il s'agit d'une nouvelle classe entre compacts et reflex ne passe pas. A cela deux raisons : d'abord le scepticisme naturel, on nous a tellement servi du produit révolutionnaire qu'on n'y croit plus mais aussi, et surtout, parce que Panasonic en habillant le concept d'un boîtier ultra-conservateur a tiré une grosse balle dans le pied du Micro 4/3 (mise à jour, Lumix G1 et le piège du blog).
A propos, c'était ma question et la réponse est qu'ils l'ont fait exprès. Le discours classique sur ne pas casser les normes, rassurer, ne pas surprendre, etc. (mise à jour, réflexions sur l'ergonomie).
En pratique le seul signe visible d'innovation c'est la couleur puisque le boîtier est disponible en rouge et en bleu en plus du noir. Par contre, ne vous laissez pas tromper par les affiches : le G1 n'est pas significativement plus petit qu'un reflex entrée de gamme.
C'est d'autant plus dommage que le concept sous-jacent lui casse la baraque (mise à jour, voir un exemple pratique en presse) et, en première analyse (je n'ai eu le boîtier en main que quelques minutes, trop peu pour un jugement définitif) le fait avec énormement d'inteligence. En effet, selon Panasonic, le reflex n'est plus aujourd'hui la base idéale pour un système photographique amateur (celui qui aime). Ils ont une belle étude pour expliquer cela, je vous renvoie chez eux pour les détails et ça rejoint des réflexions déjà anciennes sur Déclencheur. Notez qu'on parle bien de systèmes grand public donc oublions notre fantasme du M.
Plus intéressant, Panasonic veut élaborer son nouveau système autour du LiveView qui est, selon moi, la principale avancée ergonomique de ces dernières années. Cela promet diverses assistances comme l'autofocus à détection de visage ou, une idée qui m'a bluffé lors de la démo, la prévisualisation de la correction de l'exposition. L'écran s'assombrit ou s'éclaircit pour juger sur place de la correction. C'est l'exemple d'une fonctionnalité simple mais qui aidera le public cible à appréhender les concepts photographiques.
Je tiens à préciser qu'il ne s'agit pas pour moi de nier les qualités évidentes de la visée reflex. Elle a des qualités bien connues mais elle a aussi des défauts que, la force de l'habitude aidant, on a tendance à oublier. Le LiveView a d'autres qualités et d'autres défauts. Comme toujours, il appartiendra à chacun de faire son choix, en fonction de ses goûts, ses habitudes et de ses besoins.
Et le Lumix G1 dans tout ça ? Malheureusement, si le concept du Micro 4/3 était enthousiasmant (un peu moins depuis la sortie du G1), la mise en oeuvre se fond tellement dans le moule du reflex que l'on ne peut s'empêcher de se demander : c'est du lard ou du cochon ?
Le paradoxe est là : pour élaborer un système solide, Panasonic a fait de son G1 un concentré de haute technologie, avec notamment un autofocus à détection de contraste ultra-rapide (un exploit, écoutez l'épisode sur l'autofocus pour le comprendre). Mais l'appareil cache tellement bien ses atouts qu'il fait douter.
Revenons un instant sur le viseur, il s'agit bien entendu d'un viseur électronique, il est ultra-sophistiqué, dérivé des caméras professionnelles du fabricant et, ma foi, pas ridicule mais la vraie question est ailleurs : qui utilise un viseur en LiveView ?
D'ailleurs pendant la conférence de presse, hormis un coup d'oeil pour se convaincre que ce n'est pas un reflex, tout le monde visait à bout de bras. L'écran arrière, soit dit en passant, n'a lui rien de révolutionnaire et n'est pas ce qui se fait de mieux. Il y a clairement un problème de priorités.
Autre anomalie : à bout de bras, l'appareil est déséquilibré par l'objectif. On l'accepte d'un reflex où ce geste est rare mais c'est une faute pour un système LiveView !
On peut aimer ou détester le LiveView mais là n'est pas le propos. Le propos est que si le concept peut convaincre, l'appareil lui est incohérent. Je pourrais continuer les exemples (où est la vidéo ?) mais à quoi bon. Vous l'aurez compris, mon enthousiasme pour le concept est retombé à la vue du Lumix G1. Ce qui est dommage parce qu'on n'a qu'une seule occasion de faire une bonne première impression.
Pour être clair, ce n'est pas le fait que le viseur soit électronique qui me désole. Ce viseur électronique est impressionnant et, de ce que j'ai pû en juger, il n'est pas très en retrait par rapport au viseur d'un reflex entrée de gamme (un reflex expert, ça n'a rien à voir). Non c'est bien la présence même d'un viseur, avec tous les compromis que cela entraîne en taille (malgré le capteur 4/3, l'appareil n'est pas vraiment plus petit qu'un reflex entrée de gamme), poids, prix et tenue en main qui me semble totalement incohérente sur un boîtier LiveView et, surtout, pour le public ciblé.
Ce sont justement ces incohérences qui amènent les questions comme bridge ou reflex ? Détail révélateur, pour y répondre Luc s'appuie sur un autre produit radical, l'iPhone. Et pourtant, Jonathan Ive lui n'a pas fait dans son froc pour hésité à mettre en avant, dans la forme même de l'iPhone, l'innovation produit.
L'iPhone est un produit charnière avec une nouvelle interface homme/machine, une révolution qu'on n'a plus vue depuis l'arrivée du Macintosh en 1984. Et comment communiquer cette révolution ? En laissant tomber le clavier. L'iPhone est le premier téléphone sans clavier. En omettant le clavier sur l'iPhone, Apple clame haut et fort sa confiance dans ses innovations (lire aussi la vache pourpre).
Par contraste, en introduisant un viseur sur le G1, en calant l'apparence sur un reflex, en négligeant le poids et la taille, j'ai l'impression que Panasonic traduit sa nervosité (mise à jour, Lumix G1, le pari).
Bref je reviens de la conférence en oscillant entre enthousiasme, incrédulité et déception. L'avenir sera intéressant.


Par Grand-Pa, le Jeudi 02 Octobre 2008, 14:10
Par thirius, le Jeudi 02 Octobre 2008, 15:52
Par Orni, le Jeudi 02 Octobre 2008, 16:00
Par Benoît Marchal, le Jeudi 02 Octobre 2008, 16:11
Par chani, le Vendredi 03 Octobre 2008, 16:29
Par Alain OLIVIER, le Vendredi 03 Octobre 2008, 23:21
Par Gercofis, le Samedi 04 Octobre 2008, 17:15
Par thesoime, le Mardi 04 Novembre 2008, 14:24
